Larrivet Haut-Brion, dans ce vin il y a une âme…

Un nom, un domaine, une histoire. 

Au détour d’un virage, entre deux mers de vignes, sur une petite colline, voici le Château Larrivet Haut-Brion… Membre du Classement des Grands Crus Classés de Graves de 1953, cette propriété reconnue offre des vins d’une grande finesse et d’une incroyable complexité. 

Je m’y suis rendue afin de faire une visite et une dégustation. Accueil chaleureux, lieu surprenant, matériel haut de gamme… On est à coup sûr dans un endroit où l’excellence est de rigueur. Rien n’est laissé au hasard et pourtant tout est une question de destinée…


« C’est la sagesse, aimer le vin, la beauté, le printemps, le printemps divin, cela suffit. Le reste est vain. » Théodore de Banville

Larrivet Haut Brion

Sur la façade est inscrit le nom du fameux domaine. Plusieurs siècles d’histoire habitent ces lieux qui ont connu différents noms, propriétaires et aussi de nombreuses périgrinations concernant son cadastre! Et oui, au départ la propriété se nommait « Château de Canolle », puis « Château La Rivette », pour finalement être baptisée « Château Haut-Brion Larrivet » en 1874. Le vignoble compte alors une cinquantaine d’hectares et connaîtra une succession de crises : Première Guerre Mondiale, crise de la viticulture dans les années 1930, Seconde Guerre Mondiale… Le nouveau propriétaire de l’époque, Monsieur Guillemaud, tente de restaurer le renom du Château. En 1987, le Château Larrivet Haut-Brion (qui a dorénavant son nom définitif) est racheté par la célèbre famille Gervoson qui va poursuivre l’œuvre de Monsieur Guillemaud. En quelques années, le Château passe de 17 hectares de vignes et 13 hectares de parc à 72,5 hectares, grâce notamment à l’acquisition de 11,5 hectares de vignes de raisins blancs et 61 hectares de vignes de raisins noirs. 

Mais Gervoson, ce nom vous dit-il quelque chose ? Non ? Si je vous dis Andros, est-ce que cela vous parle maintenant ? En effet, le Château Larrivet Haut-Brion appartient au fils du créateur de la fameuse marque de produits à base de fruits. Sa descendance gère encore aujourd’hui la propriété. 

Cuvier

La visite au Château Larrivet Haut-Brion débute avec la visite des cuviers. Sur la droite se trouve un cuvier avec une douzaine de cuves en inox (photo ci-dessus): ce cuvier me semblait neuf…Pourtant il a été construit au début des années 90 ! C’est ici que le vin rouge rentre en fermentation et est macéré pendant au moins 3 à 5 semaines (plutôt long). Quant à la fermentation malolactique, elle a lieu dans le chai semi-enterré. A gauche existe un autre cuvier qui vient juste d’être terminé avec de grandes cuves en béton. 

La visite se poursuit par la découverte d’un petit chai. J’ai été surprise de voir une barrique unique en son genre : elle possède un fond en verre et on peut alors se rendre compte de l’évolution du vin, de la floculation et de la sédimentation des lies. Le temps ne se suspend jamais dans les chais : le battonage était en cours sur les vins blancs, les femmes étaient au travail. 4 personnes s’occupent des chais : 2 hommes et 2 femmes… Larrivet Haut-Brion rime avec parité !

Dans ce même chai, les blancs fermentent et sont élevés pendant 12 mois dans 100% de barriques neuves (chauffe longue et profonde !!), ce qui est vraiment une particularité du Château Larrivet Haut-Brion. Autre spécificité, il n’y a aucun soutirage sur les vins blancs: les barriques sont roulées sur elles-mêmes afin de faire tournoyer les lies. 

Le second vin du Château Larrivet Haut-Brion, Les Demoiselles de Larrivet Haut-Brion, est aussi élevé dans ce chai en partie dans de curieux oeufs en béton (cuves ovoïdes) pour accentuer les arômes fruités et le gras en bouche. Ces cuves existent depuis un certain nombre d’années mais on ne leur connaissait pas officiellement d’avantage absolu comparé à une cuve en béton classique. Pourtant, des études récentes ont été menées et elles prouvent l’effet bénéfique de ces cuves ovoïdes : elles permettent une consommation naturelle des lies (sans bâtonnage) grâce à un mouvement de vortex qui les maintient constamment en suspension. De plus, le béton utilisé est dit microporeux, ce qui permet une micro-oxygénation. Le vin propose alors une expression intense du fruit. Le second vin du Château est élevé dans ces oeufs en béton mais aussi dans des barriques et dans des foudres situés au fond du chai. Des essais sont en cours sur l’élevage du premier vin en cuves ovoïdes. 

Enfin, la visite technique se termine dans le chai semi-enterré où ont lieu la fermentation malolactique et l’élevage qui durera un an dans des barriques dont 50% de neuves. Le vin sera mis en bouteille au printemps de la seconde année qui suit la vendange. 

Dans un coin du chai, mon regard s’est posé sur 3 barricots… Mais de quoi s’agit-il ? 

Emilie Gervoson, propriétaire et en charge de la communication du Château, a imaginé un concept nouveau à Bordeaux : les Œnofolies du Château Larrivet Haut-Brion. Reconnue comme une ‘aventurière épicurienne’, Emilie Gervoson propose chaque année une dégustation incroyable, un voyage des sens au coeur de sa propriété. Rien n’est classique dans cette expérience, preuve en est la quatrième édition 2012 dont le sujet est hautement original et intéressant : l’élevage du vin en mer, mythe ou réalité ?

Cette année, le Château Larrivet Haut-Brion tente de percer le mystère de cette hypothèse qui, née au XVIIIème siècle, met en avant l’élevage en mer comme moyen d’accentuer la qualité du vieillissement du vin. Le millésime 2009 a donc été mis en barricot et plongé pendant 6 mois dans le parc à huîtres du célèbre Joël Dupuch (ostréiculteur et acteur dans « Les Petits Mouchoirs ») sur le Bassin D’Arcachon. 

Suite à cette plongée, le vin a refait surface et a subi une série d’analyses comparatives. Il a ensuite été dégusté par des experts, toujours en le comparant à un Château Larrivet Haut-Brion 2009 élevé classiquement. Lors d’une dégustation, le 17 Novembre 2012, quelques privilégiés pourront à leur tour déguster les deux vins et se rendre compte des différences ou des similitudes. J’espère en faire partie et vous faire un petit débrief… Mais mon petit doigt m’a dit qu’apparemment, l’élevage en mer accentue la rapidité de vieillissement du vin… A découvrir…

Dégustation Larrivet Haut Brion

Je vais maintenant vous parler de la dégustation que j’ai réalisée au Château: 2 vins normalement mais j’ai eu la chance de pouvoir goûter un vin blanc plus ancien… Merci!    

– Château Larrivet Haut-Brion, Pessac Léognan Blanc, 2009 (80% Sauvignon Blanc, 20% Sémillon). 

  • D’un beau jaune pâle clair et limpide, ce Château Larrivet Haut-Brion 2009 est prometteur. Je suis impressionnée par cette intensité ! Le nez est puissant, l’alcool n’est pas du tout agressif. Des flaveurs de pommes granny, de citron, d’abricot frais et de bois exotiques surgissent. De légères notes fumées englobent le tout. Le second nez est plus sur les herbes fraîches et le kiwi jaune ! Très agréable, le nez est rond, limite beurré. La bouche enfin est d’une grande fraîcheur. Le boisé est toujours présent mais par touche délicate. Ce vin est d’un équilibre incroyable. Je ressens des saveurs de pomme, d’amande et de miel. Le léger fumé est toujours présent et apporte sa petite touche. 
  • Ce vin est une très belle réussite. Le millésime 2009 ne peut être qu’applaudi mais je dois avouer que le Château Larrivet Haut-Brion m’a particulièrement séduit par son équilibre, sa puissance aromatique et son originalité gustative. 

– Château Larrivet Haut-Brion, Pessac Léognan Blanc, 1998. 

  • Oh! mais quel plaisir de découvrir un vin blanc sec de 14 ans ! La couleur de ce 1998 est absolument incroyable ! On se croirait presque en présence d’un jeune Sauternes: magnifique or clair, limpide et intense, d’une belle brillance. Le nez est très aromatique sur les fruits secs (amande, noisette, abricot sec) mais aussi sur la pâte d’amande et la pâte de coing ! Des touches de bananes séchées apparaissent progressivement accompagnées de notes vanillées. Original ! La bouche est fraîche avec une bonne acidité ronde. De délicates saveurs de pomme cuite surgissent et tapissent le palais. La figue et le coing sont aussi présents avec des touches iodées qui concluent la dégustation. La finale est longue et agréable. A boire absolument avec un plat, ce serait dommage…      

– Château Larrivet Haut-Brion, Pessac Léognan Rouge, 2007 (50% Merlot, 45% Cabernet Sauvignon, 5% Cabernet Franc). 

  • Très intense, Château Larrivet Haut-Brion rouge est d’un magnifique rubis comme le montre la petite photo ci-dessous ! Le nez est fruité, parfumé sur des arômes de cerise liqueur et de framboise. Des touches fleuries de pivoine sont présentes également. La bouche est fraîche et ronde. C’est un vin de garde sans hésiter… La dégustation est parfumée sur la fraise des bois et la cerise. Des notes de sous-bois, de café et de réglisse s’entremêlent agréablement. La finale est très belle sur le fruit. Elle est longue et claire. Un grand vin sans aucun doute à conserver, il faut être patient pour qu’il dégage tout son potentiel. 

Compter 35 euros la bouteille

Je tiens à remercier la guide du Château Larrivet Haut-Brion, Amy Soulas, qui m’a accueillie avec beaucoup de professionnalisme et de gentillesse. La visite m’a énormément plu, les installations sont magnifiques et j’ai découvert des méthodes de vinification que je ne connaissais pas. On est définitivement dans un grand Château et il n’y a pas de surprise : le vin est absolument ‘stunning’ !

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